Aveugle ou malvoyant : Les questions que vous vous posez

Il est surprenant de constater l’assimilation souvent mal venue de la non et de la mal voyance. Il n’est pas question de faire une échelle de valeur dans le handicap visuel mais de clarifier l’état de la non et mal-voyance que d’aucuns assimilent ou confondent.

Bien des personnes n’osant pas parler de cécité ou de non voyance utilise le mot malvoyant comme un terme générique englobant tous ceux qui ne peuvent voir. Et pourtant, un gouffre existe entre ces deux mondes.

L’appréhension des formes, des couleurs, du monde visuel, flou ou même tronqué permet « une fenêtre sur l’extérieur » aux personnes mal-voyantes, la cécité, elle, fait vivre dans un environnement virtuel quand le toucher, l’ouïe, n’entrent pas en ligne de compte. Pourquoi cela semble t-il si difficile à des personnes voyantes de concevoir que l’on peut vivre presque normalement sans y voir ?

La peur ancestrale de l’obscurité perçue comme un monde souterrain et ténébreux associée à la cécité fait naître la crainte dans le regard que les personnes voyantes jettent sur nous, et je ne parle pas de la commisération qu’elle engendre. Je vais vous parler de la cécité acquise en cours de vie, telle que je la vis, moi.

Bien sûr, au début, c’est un cauchemar, bien plus qu’un cauchemar puisqu’il n’y aura pas de réveil, jamais. Inutile de se leurrer, le monde n’existe plus tel qu’il était appréhendé auparavant. Alors, quel monde ? Vaut-il la peine de vivre cet état, une question présente à l’esprit de tous ceux qui vivent cette situation, mon expérience en fait foi.

Comment vivre « dans le noir » alors que mon cerveau n’a pas été programmé pour vivre sans la  lumière? J’ai, alors que je voyais, connu des personnes aveugles, je devrais dire j’ai rencontré dans ma vie des personnes aveugles, elles me semblaient différentes de moi, mais je ne me suis jamais posé la question de savoir comment elles vivaient. Je comprends d’autant mieux l’attitude des personnes voyantes parce que je l’ai été avant de basculer dans cet autre univers.

Cependant, pendant une quinzaine de jours, je fus ce que l’on pourrait appeler mal puis très malvoyante, expérience traumatisante certes mais, qui me permettait de conserver un lien avec le monde qui m’entoure. Pour utiliser un cliché, cela me permettait même très faiblement d’avoir « une fenêtre sur l’extérieur ». Nul besoin de faire appel aux autres sens, bien sacrifiés, auxquels au début on ne fait aucune confiance, pour ne les avoir jamais depuis notre plus tendre enfance sollicités.

CONFIANCE, le maître mot.

Faire confiance aux autres sens, faire confiance aux autres, au début de l’état de non-voyant, c’est peut être le pas le plus difficile, le plus cruel aussi, à franchir. Comment ne pas être « dépendant » alors qu’il vous est impossible de faire certaines choses par vos propres moyens ? Comment ne pas se laisser « infantiliser », le danger est fréquent, et hélas, naît souvent d’un « bon sentiment »  Résister, faire valoir et connaître ses besoins nécessite d’abord une analyse profonde de ses capacités, enfin, celles qui restent. Cela ne se fait pas en un jour mais, cela doit malgré tout se faire assez vite pour oser « foncer dans l’inconnu ». L’inconnu, sera désormais le quotidien, et puis, …. petit à petit, la découverte, (exaltante parfois) des possibilités, des capacités subtiles du cerveau vont « éclairer » ce quotidien conçu comme obscur et, « illuminer » la vie. Quand je dis que j’ai « la lumière intégrée », cela fait rire mais c’est une réalité.

Beaucoup me, (ou se), posent des questions, le sujet n’est pas tabou et la réflexion qu’il génère est toujours gratifiante.

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Béatrix

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